La « SOIF » de Nothomb

La « SOIF » de Nothomb

On ne présente plus Amélie Nothomb !
Depuis la sortie de son premier roman en 1992 (Hygiène de l’assassin, cette écrivaine belge d’expression française publie un ouvrage par an – pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Bon nombre de ces ouvrages ont d’ailleurs connu un franc succès en librairie. La sortie de son dernier livre, Soif, a encore été rententissante ; elle a d’ailleurs propulsé son auteure à la tête des finalistes des nommés au Goncourt de cette année. Même si le prix a finalement été remporté par JP Dubois (Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – artcile à venir), l’engouement et les réactions autour de la parution du dernier Nothomb ont été forts. Alors, ce livre, de quoi parle-t-il ?

En quelques mots

Soif raconte les pensées de Jésus Christ dans ses derniers moments, de son procès jusqu’à sa mort. Nothomb fait le choix osé d’écrire un récit à la première personne ; elle utilise le « je » christique. Le sujet ainsi que le postulat adopté sont sans doute à l’origine des nombreuses réactions suscitées par ce livre. De plus, il est curieux d’écrire une histoire dont on connait déjà la fin – la Bible demeurant l’oeuvre la plus lue au monde. En quoi la démarche proposée est-elle originale ?

Un (court) avant-goût

« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »

La critique : SOIF de Nothomb

Dans ce dernier livre, Nothomb se place donc dans la figure du Christ et propose une écriture à la première personne. Son Jésus a quelque chose de très humain : il aime, il souffre ; les références au corpus christi sont d’ailleurs récurrentes. A travers ce livre, elle met en avant un double questionnement sur la religion chrétienne : Comment l’acte de crucifixion suffirait-il a racheter les péchés passés et à venir ? Comment réconcilier cet acte avec les valeurs chrétiennes d’amour de Dieu et du prochain ? L’originalité de ce livre réside dans le fait qu’elle énonce ce questionnement (voire cette critique) à travers le personnage de Jésus, narrateur de l’histoire de sa vie.

A titre personnel, j’ai été frappée par l’écriture désinvolte et l’usage de certains termes attribués, dans ce cadre particulier, à Jésus Christ. Cela pose la question du rapport entre littérature et sacré. Peut-on traiter de tout et s’attribuer toutes les libertés en tant qu’auteur et dans l’exercice de l’écriture? Je pose la question sans avoir de réponse et vous invite à y réfléchir. Force est de constater que ce dernier projet de Nothomb est, bien que potentiellement polémique, d’une grande originalité !

Un extrait

« Ce n’est pas un hasard si j’ai choisi cette région du monde : il ne me suffisait pas qu’elle soit politiquement déchirée. Il me fallait une terre de haute soif. Aucune sensation n’évoque à ce point celle que je veux inspirer que la soif. Sans doute est-ce pour cela que nul ne l’a éprouvée autant que moi.
En vérité je vous le dis : ce que vous ressentez quand vous crevez de soif, cultivez-le. Voila l’élan mystique. Ce n’en est pas de la métaphore. Quand on cesse d’avoir faim, cela s’apelle de la satiété. Quand on cesse d’être fatigué, cela s’appelle le repos. Quand on cesse de souffir, cela s’appelle le réconfort. Cesser d’avoir soif ne s’appelle pas.
La langue dans sa sagesse a compris qu’il ne fallait pas créer d’antonyme à la soif. On peut étancher la soif et pourtant le mot étanchement n’existe pas.
Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d’avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l’instant ineffable où l’assoifé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. »

Soif de Nothomb

Pour aller plus loin

2 ressources France Culture à ce sujet :
* Soif
* « Ce livre, je l’ai écrit au corps » : 1H02 sur le projet d’écriture


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Ariane Agathe

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