LA PART DU FILS, Coatalem

LA PART DU FILS, Coatalem

La part du fils, dernier roman de Coatalem a fait parler de lui dans la sphère littéraire en figurant parmi les quatre finalistes du prix Goncourt 2019. Ce ne sera finalement pas le Goncourt cette année, mais le prix Jean Giono ! Jean-Luc Coatalem est un habitué des prix littéraires : prix des Deux-Magots en 2001 pour Je suis dans les mers du Sud (sur les traces du peintre Paul Gauguin) et prix Femina Essai pour Mes pas vont ailleurs en 2017 (sur les traces de Victor Segalen, écrivain-voyageur breton). On retrouve d’ailleurs dans La part du fils tous les facteurs clés de son succès avec cependant quelque chose de plus personnel. Une nouvelle critique, par Actualitté. Bonne lecture !

En quelques mots

A l’instar de ses ouvrages primés précédemment, Jean-Luc Coatalem se lance ici dans une nouvelle quête de vérité – quête personnelle cette fois puisqu’il suit les traces de son grand-père paternel, Paol, arrêté à cause d’une lettre de dénonciation anonyme en septembre 1943 et déporté. Face à cet évènement, le silence s’est imposé au sein de la famille. L’auteur parviendra-t-il a mettre en lumière le destin tragique de son aieul ?

Un avant-goût

« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol, un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif : « inconnu ». Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les « terroristes », interrogé. Puis ce sera l’engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l’en faire revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille. Dans ce pays de vents et de landes, on ne parle pas du malheur. Des années après, j’irai, moi, à la recherche de cet homme qui fut mon grand-père. Comme à sa rencontre. Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers témoins ou dans les registres des archives, je l’inventerai. Pour qu’il revive. »

La critique

L’auteur nous plonge dans son histoire familiale, ancrée en Bretagne, dans le paysage du Finistère. Cette terre est celle du bonheur ; là où sont réunis Paol, sa femme et ses trois enfants. Tout change un jour de septembre 1943, lorsque Paol est arrêté par la Gestapo. A partir de cet évènement, son destin ne lui appartient plus ; là commence la recherche de la vérité pour son petit-fils, des années après.

L’histoire est articulée entre présent et passé. Au présent, on suit l’auteur dans ses recherches : archives, entretiens, visites de lieux marquants. Il suivra son grand-père jusqu’à la fin : aux camps de Dora puis de Bergen-Belsen. Au passé, il retrace certains moments de l’existence de Paol, qu’il fait revivre à son lecteur : sa vie d’officier colonial en Indochine, son retour en Bretagne, et enfin, les étapes de sa déportation. L’écriture est construite à partir de la réalité mais prend une dimension fictionnelle ; Coatalem imagine les faits, comme s’il avait été là, comme s’il les avait vécus, comme si ces souvenirs familiaux étaient ancrés dans sa chair. « Et ce que je ne trouverai pas, […] je l’inventerai. Pour qu’il revive. »

Dès le début de son entreprise, l’auteur se heurte au silence de sa famille. La douleur a été telle que la blessure ne semble pas s’être refermée. On n’a plus parlé de ce drame, on n’a pas cherché à élucider le mystère de l’anonymat non plus – cela ne ferait pas revenir le disparu. Pierre, père de l’auteur et fils de Paol est agé de douze ans en 1943. Suite à l’arrestation, il a grandi dans le silence, comme si ce dernier était devenu partie intégrante de lui-même, au point de refuser qu’il soit brisé. Au tout début du livre, on peut lire « pour mon père ». Ce projet est porté par l’auteur, pour la mémoire de son grand-père et pour une réconciliation avec le passé. Il fait ce voyage pour Paol, pour Pierre et pour lui-même.

La part du fils est un livre touchant. Bien qu’il s’agisse d’une histoire familiale, d’un drame très personnel, on y trouve quelque chose d’universel. Coatalem, à travers le destin de son aïeul, nous fait revivre une période historique marquée par de grands malheurs.

Merci d’avoir lu cet article. Qu’en as-tu pensé ?

Pour aller plus loin

* Présentation du livre par son auteur : format vidéo 3’40

 

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